Considérations d’actualité sur Joseph Fouché et Tallien

C’est dans ce bel hôtel de style Renaissance, situé rue Haute-Saint-Maurice à Chinon, que le conventionnel Tallien séjourna pendant six semaines en 1793. Il était chargé de coordonner la guerre contre la Vendée. Tallien eut un parcours personnel et politique proche de celui de Joseph Fouché, mais à un certain moment leur destin a divergé…

D’origine roturière, Tallien parvient à effectuer des études brillantes qui lui permettent, lorsque la Révolution éclate, d’occuper des fonctions en vue. Membre du club des Jacobins, il fait l’éloge des massacres de septembre et est élu à la Convention, où il siège sur les bancs de la Montagne. Il vote pour la mort du Roi, mais Robespierre le déteste. Sentant que sa position est désormais très fragile, il monte avec Fouché la conspiration destinée à renverse l’ « Incorruptible ». C’est Tallien qui, lors de la séance historique du 9 thermidor, prononce un discours enflammé qui donne le signal de l’hallali contre Robespierre et ses partisans. Mais sa victoire est de courte durée : comme Fouché, il est rattrapé par son passé de « terroriste » et se trouve marginalisé puis, avec le Directoire, mis à l’écart bien que siégeant au Conseil des Cinq-Cents. Il vivra chichement jusqu’à la fin de ses jours et décédera le 16 novembre 1820, quatre semaines avant Fouché.

Après avoir mis fin à la Terreur, Fouché et Tallien entament donc tous les deux une « traversée du désert » fort pénible : le futur duc d’Otrante s’en remettra, entamant par la suite la partie la plus brillante de sa longue carrière, tandis que son collègue et complice plongera dans l’oubli. Pourquoi ? Manifestement Fouché a pu bénéficier de l’appui, déterminant, de certains réseaux, chose qui a fait défaut à Tallien. Nous abordons ici l’aspect le plus obscure des parcours des hommes illustres ; obscur mais souvent bien plus déterminant que les qualités intrinsèques et les études. C’est ce que vient de nous rappeler, une fois de plus, la récente affaire Olivier Duhamel

Julien Sapori

Bicentenaire de la mort de Joseph Fouché

Joseph Fouché est mort le 26 décembre 1820 en exil à Trieste. La Société d’Études sur Joseph Fouché et son Temps avait prévu de commémorer ce bicentenaire par l’installation d’une plaque sur le palais où il avait vécu et où il était décédé, mais toutes nos démarches ont échoué face aux obstacles opposés par la COVID. Le duc d’Otrante n’a pas été pour autant totalement oublié : M. Christian Bourdeille, président du Souvenir Napoléonien, a déposé des fleurs sur sa tombe, à Ferrières-en-Brie (77).

Merci Christian pour ton geste qui nous rappelle que cet homme si controversé a puissamment contribué à bâtir l’Histoire de France, avec ses ombres certes, mais aussi avec ses éclats.

Julien Sapori