N’est pas Fouché et Talleyrand qui veut !

Extrait du livre d’Ermanno AMICUCCI « I 600 giorni di Mussolini », Roma, Faro 1948. Ermanno AMICUCCI avait été, pendant la 2ème guerre mondiale, directeur du prestigieux quotidien italien « Corriere della Sera » e avait fréquenté personnellement MUSSOLINI, Galeazzo CIANO (ministre des Affaires étrangères sous le fascisme) et Guido BUFFARINI-GUIDI (ministre de l’intérieur pendant la Repubblica Sociale Italiana). Dans son livre (qui n’a pas été traduit en français) il esquisse un parallèle entre CIANO et TALLEYRAND, BUFFARINI-GUIDI et FOUCHE’.

« Galeazzo CIANO ministre des Affaires étrangères du régime fasciste (photo ci-contre) qui était d’une intelligence vive et d’une grande sensibilité, mais aussi d’une ambition énorme et particulièrement sensible à l’adulation, ainsi que d’une confiance sans limite dans sa bonne étoile et dans ses qualités d’intrigant diplomatique, jouait la part de TALLEYRAND (sans se rendre compte que la différence était grande et substantielle entre les deux situations : celle dans laquelle avait œuvré l’évêque d’Autun avec NAPOLEON et celle que lui jouait avec MUSSOLINI). Un ami lui avait donné, pour qu’il s’en rend compte et qu’il y médite, le livre de Duff COOPER sur TALLEYRAND. Il appréciait beaucoup ce rapprochement. Je me rappelle qu’un soir à Palazzo Chigi [le ministère des affaire étrangères italien] BUFFARINI-GUIDI, en rentrant dans sa pièce, dans laquelle je me trouvais aussi, lui dit : ‘Je salut notre TALLEYRAND et Galeazzo [CIANO] lui répondit : ‘Je salut notre FOUCHÉ ‘. C’était des mots farceurs qui toutefois renfermaient au même temps quelque chose de vrai et de tragique« .

The body of Galeazzo Ciano executed after the trial of the fascist on January 11, 1944 in Verona, Italy.

                             Le corps de Galeazzo CIANO après son exécution.

« Quelque chose de vrai », c’est peut-être discutable ; mais tragique, oui… Car ils mourront tous les deux violemment : Galeazzo CIANO condamné à mort par un tribunal fasciste et fusillé le 11 janvier 1944, pour avoir voté le 25 juillet 1943, lors de la dernière réunion du Gran Consiglio del fascismo, la motion de défiance contre MUSSOLINI qui provoquera sa destitution et son arrestation, et Guido BUFFARINI-GUIDI condamné à mort après la Libération par une Cour d’Assises pour collaboration et fusillé le 10 juillet 1945.

Julien SAPORI

 

Le portefeuille à soufflets de Fouché

Dans La Revue des Musée de France. Revue du Louvre, 2018, n° 4, au titre de la politique d’acquisition du musée Napoléon 1er au château de Fontainebleau, Christophe Beyeler, conservateur en chef du patrimoine, évoque le portefeuille de Joseph Fouché acquis par le musée…

Volet capital du Projet scientifique et culturel du château de Fontainebleau, le projet d’extension du musée Napoléon 1er prendra place dans l’aile méridionale, appelée « aile neuve » sous l’Empire, de la cour du Cheval blanc, actuellement dénommée « cour des Adieux », en référence au départ orchestré de main de maître par Napoléon le 20 avril 1814. Une fois restauré, le deuxième étage accueillera le redéploiement des collections napoléoniennes rassemblées à Fontainebleau par acquisition ciblée, généreux dépôt ou don suscité. Huit œuvres acquises en 2015 sur des crédits publics, dont six par préemption, dont le portefeuille de Fouché, ministre de la Police générale de l’Empire.

Le musée Napoléon 1er cherche à évoquer les grands dignitaires de la cour impériale, les grands officiers civils de la Couronne, les rouages essentiels du gouvernement et les ressorts du pouvoir de l’Empereur. Une astuce muséographique consistera à présenter figures et facettes du pouvoir par des œuvres où elles apparaissent – Almanach, Étiquette impériale, et bien sûr, portefeuilles – aux armes de leur titulaire ou portant l’inscription de leur fonction.

Artisan parisien. Portefeuille ministériel de Fouché. Avant 1809. Maroquin rouge et vert, argent. H. 0,49 ; l. 0,33. Fontainebleau. Château de Fontainebleau, musée Napoléon 1er. Inv. F 2015.24.

Un personnage clef de l’Empire est sans conteste le ténébreux Joseph Fouché. Son portefeuille porte une explicite marque d’appartenance poussée au fer à dorer : Le Sénateur Ministre de / la Police générale de l’Empire, qui permet de le dater entre mai 1804, date de la proclamation de l’Empire, et juillet 1810, date de son renvoi du ministère. Plus précisément, il est probable que ce portefeuille soit antérieur à octobre 1809, date à laquelle Fouché est titré « duc d’Otrante », titre qu’il n’eut pas manqué de faire apparaître avantageusement sur son portefeuille.

Ce portefeuille à soufflets, doté de sa clef, est en maroquin rouge doublé de maroquin vert et offre une platine en argent gravé de motifs rayonnants autour de l’entrée de serrure et d’une frise stylisée sur le pourtour. Il contient un passe-document en maroquin rouge souple, bordé au fer à dorer d’une frise de feuilles de chêne et de glands. C’est le portefeuille du dissimulé ministre de la Police générale, redouté de tous, même du souverain qui l’emploie.

Aucune pièce au musée Napoléon 1er ne permettait jusqu’alors d’évoquer la figure capitale de Joseph Fouché́, ancien oratorien, conventionnel régicide, représentant en mission sous la Terreur, ministre du Directoire, du Premier Consul Bonaparte puis de l’Empereur Napoléon, et enfin principal artisan de la restauration des Bourbons en 1815. Ses relations avec Napoléon furent tumultueuses. Il fut d’abord ministre de la Police générale au début du Consulat, puis fut écarté par le Premier Consul qui le craignait et le nomma au Sénat pour s’en débarrasser, mais qui dut néanmoins le rappeler comme le seul capable de mouvoir les fils compliqués de la police, avant que d’être chassé en 1810 comme suspect de connivence avec Talleyrand et de menées subreptices à l’insu de l’Empereur. Il prit sa revanche en 1815 en écartant Napoléon vaincu à Waterloo et en favorisant un deuxième retour des Bourbons de concert avec Talleyrand – « le vice appuyé sur le crime », nota Chateaubriand dans une page célèbre de ses Mémoires d’outre-tombe.