A propos Joseph Fouché et son temps…

Société d’Etudes sur Fouche et son temps

Jean Valjean, le plus célèbre des bagnards de Napoléon

DEUXIEME EPISODE : JEAN VALJEAN OU PIERRE ? Mais les détails provenant du roman « Les Misérables » de Victor Hugo sont fort précis, et permettent de forger le profil d’un Jean Valjean crédible, tant au plan tant psychologique         qu’ historique. Pour ce qui est plus particulièrement du vol du pain, Hugo se serait-il inspiré d’un fait réel ?

Julien Sapori (président de la Société d’Etudes sur Joseph Fouché et son temps) et Christian Porte (vice-président) , en visite dans le village de Faverolles (Aisne).

C’est l’hypothèse avancée en son temps par un critique littéraire, Armand de Pontmartin (1811/1890). Ce dernier dit avoir rencontré en 1862 à Grasse un certain chanoine Angelin, très âgé, autrefois secrétaire de l’évêque de Digne, Mgr Bienvenu de Miollis (1753/1843) qui, on le sait, avait inspiré au romancier le personnage de Mgr Myriel qui accueille Jean Valjean à peine libéré du bagne de Toulon. Voici le récit que de Pontmartin affirme avoir recueilli et transmis : « Il ne s’appelait pas Jean Valjean, poursuivit l’abbé Angelin, mais Pierre Maurin. En 1801, et non pas en 1796, à vingt-un ans, le malheureux Pierre avait été condamné à cinq ans de galères, pour avoir volé un pain avec effraction d’une grille et d’une vitre, dans la boutique d’un boulanger. La peine aurait été beaucoup plus douce, parce qu’il fut prouvé que ce jeune voleur avec des antécédents irréprochables, avait perdu la tête en voyant les sept enfants de sa sœur menacés de mourir de faim. Mais Pierre, doté d’une force herculéenne, avait aggravé son acte de folie en assommant aux trois quarts le boulanger qui l’arrêta. Ceci se passait, non pas à Faverolles, mais à Forcalquier [Alpes-de-Haute-Provence]. Pierre fît ses cinq ans, pas un jour de plus ». Devant l’évêque et le chanoine, Pierre Maurin « se nomma, nous dit ce qu’il était, comment il avait mérité le bagne et comment les hôteliers de la ville avaient refusé de le recevoir et de le loger. (…) Asseyez-vous là, mon ami ! Dit l’évêque en lui montrant la table couverte d’une nappe blanche. Rosalie ! Un couvert de plus ! »1.

La suite est moins romanesque, car l’ancien bagnard n’aurait pas subtilisé les chandeliers de l’évêque… De toute manière, précise Angelin, il aurait été hors de question pour l’évêque d’encourager la récidive en niant devant les gendarmes le vol qu’il venait de subir !

Poursuivant le récit du chanoine, Pontmartin relate que Pierre Maurin aurait été recommandé par l’évêque à son frère, le général Sexstius de Miollis (1759/1828), et placé par ce dernier comme ambulancier aux armées où il se serait distingué pour un dévouement exceptionnel, mourant à Waterloo. Cette version, presque aussi romanesque que celle de Victor Hugo, a resurgi à de nombreuses reprises (cf. Jacques Robichon (2) et, plus récemment, Nicolas Carreau (3) – ce dernier dans un ouvrage très « grand public ») mais a aussi été sérieusement ébranlée par une sérieuse recherche universitaire (cf. Jean Pommier (4)). La « piste » Pierre Maurin semble devoir être abandonnée, Pontmartin ayant fait preuve d’une imagination débordante ne s’appuyant sur aucun document. De toute manière, elle n’est pas incompatible avec celle du Jean Valjean natif de Faverolles dans l’Aisne.

Julien Sapori

1) Pontmartin (Armand, de), « Le vrai Jean Valjean », in Les nouveaux samedis, 19e série, p. 227 et suivantes, Paris, Calmann-Lévy, 1880, p. 234-237.

2) Robichon (Jacques), « Le roman des chefs d’Oeuvres : Les Misérables », in Les Oeuvres Libres, Revue mensuelle consacrée à l’inédit, juin 1959 ; Vidocq (Eugène-François), Mémoires, réed. La Rochelle, La Découvrance, 2006.

3) Carreau (Nicolas), « Le véritable Jean Valjean – le repenti », in La Vie des héros : Sherlock Holmes, Dracula, Tarzan, James Bond, D’Artagnan. Ils ont vraiment existé, Paris, Librairie Vuibert, 2017.

4) Pommier (Jean), « Premiers pas dans l’étude des Misérables » , in Bulletin de la Faculté des Lettres de Strasbourg, 1961/1962

Victor Hugo et la peine de mort : « Le dernier jour d’un condamné »

Julien Sapori vient d’éditer chez Lamarque le célèbre pamphlet de Victor Hugo contre la peine de mort : Le Dernier Jour d’un condamné (première édition 1829).

Voici la présentation figurant dans la quatrième de couverture du livre :

« Le Dernier Jour d’un condamné est un célèbre pamphlet contre la peine de mort écrit par Victor Hugo. Depuis sa première publication, ce texte a été réédité à maintes reprises. Pour la première fois, il est ici rendu accessible à un très large public. Chaque page est accompagnée d’une illustration d’époque, qui permet de mieux comprendre les sensibilités, enjeux et combats non seulement du grand romancer mais aussi de son siècle. Les dernières heures de la vie du mystérieux condamné à mort dont nous ignorons l’identité et même le crime qu’il a commis, sont illustrées par des œuvres d’artistes remarquables, parmi lesquels Achille Devéria (1800-1857), Gavarni (1804-1866), Tony Johannot (1803-1952) et Célestin Nanteuil (1813-1873). La préface, la post-face et les commentaires de Julien Sapori présentent des aspects méconnus de ce roman qui, à sa sortie en 1829, déclencha la polémique et qui est devenu, de nos jours, une véritable icône, tant le débat sur la peine de mort reste d’actualité dans notre monde contemporain ».

Le livre sera disponible dans les librairies à partir du 6 octobre 2020.