Jean Valjean, le plus célèbre des bagnards de Napoléon

TROISIEME EPISODE : LE « BON JUGE » DE CHATEAU-THIERRY : L’affaire du vol du pain par Jean Valjean est probablement un des passages les plus connus du roman « Les Misérables » de Victor Hugo, voir de la littérature française. Victor Hugo était hanté par la disproportion entre l’infraction commise et la sanction, disproportion qui fait d’un honnête homme un galérien.

« C’est la seconde fois que, dans ses études sur la question pénale et sur la damnation par la loi, l’auteur de ces lignes rencontre le vol d’un pain comme point de départ du désastre d’une destinée » écrit-il dans le texte même de son roman (en parlant de lui même à la troisième personne), avant de poursuivre : « Claude Gueux avait volé un pain ; Jean Valjean avait volé un pain. Une statistique anglaise constate qu’à Londres quatre vols sur cinq ont pour cause immédiate la faim » (« Les Misérables »). La référence à Claude Gueux nous rappelle que Victor Hugo avait publié quelques années auparavant, en 1834, son roman « Claude Gueux », tiré de la véritable histoire de ce bagnard condamné à mort.

Il est intéressant de noter que « le bon juge » Paul Magnaud (1848-1926), alors en poste au tribunal de Château-Thierry, dans l’Aisne, a acquitté en 1898 une certaine Louise Menard, jeune fille-mère qui avait volé un pain parce qu’elle était affamée, remboursant lui-même, sur ses deniers personnels, le boulanger. Cette décision a fondé la notion d’état de nécessité qui figure de nos jours dans le droit positif français (cf. l’actuel article L 122-7 du Code pénal) et que tous les étudiants en droit connaissent. Sans pouvoir établir un lien direct entre Jean Valjean et Louise Menard, il est toutefois certain que Paul Magnaud avait lu « Les Misérables » (et, très probablement, aussi « Claude Gueux« ) : a-t-il pensé à l’élagueur d’arbres de Faverolles au moment où il a pris sa décision historique ? Rien ne l’atteste, mais rien n’empêche non plus de le penser compte tenu du succès absolument extraordinaire que le roman de Victor Hugo avait connu au XIX° siècle.

En revanche, il est certain que pour ce qui concerne la personnalité de Jean Valjean, Victor Hugo s’est inspiré du célèbre Eugène-François Vidocq (1775-1857), qu’il avait connu personnellement vers 1849, à l’époque où il débutait la rédaction des Misérables. Vidocq avait été condamné une première fois à huit ans de bagne en 1796 pour faux en écritures publiques ; il avait d’ailleurs essayé de s’évader, en forêt de Compiègne, lors de son transfert du Pas-de-Calais vers Bicêtre. Comme Jean Valjean, il était doté d’une force herculéenne, avait tenté de s’évader à plusieurs reprises et avait été enfermé au bagne de Toulon. La réalité a bien dépassé la fiction, la réussite de Jean Valjean étant restée, finalement, plus modeste que celle, extraordinaire, qu’a connu celui qui fut surnommé le « Napoléon de la police ».

Julien Sapori

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