Le rôle de Fouché dans la naissance du cimetière de Picpus

Au cœur de la Terreur, la guillotine s’installe « Place du Trône Renversé » (l’actuelle Place de la Nation à Paris). Entre le 14 juin et le 27 juillet 1794, 1 306 personnes y sont décapitées. Que faire de ces cadavres ? À proximité, il n’existe aucun cimetière, et il serait « incorrect » de leur faire traverser Paris, dans des charrettes dégoulinantes de sang… On décide donc de les enterrer dans le jardin du Couvent des Chanoinesses de Saint Augustin, appelé couramment « Picpus » (de nos jours dans le 12e arrondissement).

Les religieuses y avaient été chassées le 2 mai 1792 et le site était devenu depuis un bien national. C’est là que qu’on creuse dans la plus grande discrétion la première fosse commune ; d’autres suivront. Pendant 44 jours, on y enterre pêle-mêle des inconnus et des gens du peuple mais aussi le « Gotha » de l’aristocratie française, appartenant aux famille Narbonne, Clermont-Tonnerre, Saint-Simon, de Biron, La Tour du Pin, Noailles, Saint-Aignan, Montmorency, etc. N’oublions pas les seize Carmélites de Compiègne, immortalisées par la pièce de Bernanos. Les massacres prennent fin avec la mort de Robespierre, après quoi les descendants de certaines victimes se regroupent et achètent la propriété pour la transformer en cimetière privé. À ce stade, la plus grande discrétion s’impose.

C’est ici qu’intervient Joseph Fouché. Ses policiers sont informés par une dénonciation anonyme du 8 mai 1805, que « des parents des victimes de la Révolution ont formé rue de Picpus, au numéro 7, un établissement propre à perpétuer le souvenir des malheurs que le Gouvernement cherche à faire oublier. (…) Mme de Nicolay, propriétaire d’une maison à Picpus, fait faire annuellement dans sa chapelle un service en l’honneur des guillotinés ; là se rendent des hommes de haut parage qui assistent à cette cérémonie lugubre. On fait une quête dont le produit est très considérable ». Fouché fait surveiller les offices religieux et se tâte : que faut-il faire, interdire ou autoriser ? Il finit par apprendre que le beau-fils de l’Empereur, Eugène de Beauharnais, fait partie des souscripteurs et décide donc de renoncer à toute interdiction.

Depuis, Picpus est devenu un lieu de pèlerinage : ça serait sans doute excessif de dire que c’est « grâce à Fouché », mais il est incontestable qu’à cette époque l’omniprésent ministre de la police avait comme objectif de concilier, sous le sceptre de Napoléon, la France de l’Ancien Régime et celle de la Révolution.

Julien Sapori

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