Joseph Fouché, simple locataire de sa dernière demeure, le Palazzo Vicco à Trieste

Le Palazzo Vicco de nos jours.

Le bâtiment dans lequel Joseph Fouché s’installa début 1820, après son séjour à Linz, est situé dans le centre-ville de Trieste, via Cavana. On ne connaît pas le nom de son concepteur, mais on sait qu’il avait été construit sur le site occupé autrefois par l’hôpital pour femmes, connu sous le nom d’Annunziata. Bâti à l’époque de l’évêque Rodolfo Pedrazzani (1302-1323), reconstruit en 1355, il était flanqué d’une chapelle dédiée à B.V. Annunziata, d’où le nom de la rue sur laquelle donne l’autre côté du bâtiment. Suite à la démolition de l’hôpital et de la petite église par ordre souverain, en 1795 le fonds fut acheté par le commerçant d’origine portugaise Antonio Vicco qui érigea sa maison entre 1796 et 1997.

La valeur architecturale de la propriété est concentrée sur l’entrée. La porte centrale est fermée par de doubles demi-colonnes à l’appui d’un entablement décoré de métopes et de triglyphes ; en clef de voûte il y a un panduro, représentant un visage humain, un motif récurrent dans l’architecture urbaine de la fin du XVIIIe siècle. Au premier étage, il y a un balcon avec une balustrade en fer forgé décoré de motifs géométriques et floraux, sur lequel s’ouvre une porte-fenêtre encadrée par un cadre en pierre décorée et un tympan curviligne. En 1955, le deuxième étage est surélevé.

Antonio Vicco le 5 mai 1814 a vendu la propriété à Teodoro Lochley qui, le 18 octobre 1820, a été héritée par sa fille Carolina. Le 21 février 1821, il a été vendu à Giovanni Rajovich et le 11 août 1834, il a été acheté par le Trésor souverain. Enfin, dès le 21 octobre 1895, il fut inscrit à l’évêché de Trieste et Capodistria, bien qu’il semble qu’il était déjà le siège de l’épiscopat depuis 1831.

La page de l’Ufficio Tavolare de Trieste concernant le Palazzo Vicco, avec les noms des propriétaire successifs.

Cette information précise sur les différents changements de propriété est possible grâce à l’existence à Trieste du Bureau Foncier (Ufficio tavolare), une institution commandée par l’impératrice Maria Teresa avec résolution souveraine du 26 octobre 1772, qui n’a cependant été exécutée que trente ans plus tard. Toujours existantes, toutes les propriétés immobilières et toutes les augmentations d’hypothèque répertoriées en fonction du nom des propriétaires sont enregistrées dans des livres de registre foncier (Libri tavolari) spéciaux mis à jour en permanence. Pendant la domination française de la ville, la partie destinée aux hypothèques, à laquelle étaient destinés des registres distincts, a été supprimée, mais il semble qu’ils n’aient jamais été créés car, par extension en extension, l’occupation a été atteinte.

En conclusion, puisque le nom de Fouché n’apparaît pas sur les livres fonciers, on peut établir avec certitude qu’il n’était que le locataire de l’immeuble.

Sergio DEGLI IVANISSEVICH

vice-président de la Società di Minerva, Trieste

N’est pas Fouché et Talleyrand qui veut !

Extrait du livre d’Ermanno AMICUCCI « I 600 giorni di Mussolini », Roma, Faro 1948. Ermanno AMICUCCI avait été, pendant la 2ème guerre mondiale, directeur du prestigieux quotidien italien « Corriere della Sera » e avait fréquenté personnellement MUSSOLINI, Galeazzo CIANO (ministre des Affaires étrangères sous le fascisme) et Guido BUFFARINI-GUIDI (ministre de l’intérieur pendant la Repubblica Sociale Italiana). Dans son livre (qui n’a pas été traduit en français) il esquisse un parallèle entre CIANO et TALLEYRAND, BUFFARINI-GUIDI et FOUCHE’.

« Galeazzo CIANO ministre des Affaires étrangères du régime fasciste (photo ci-contre) qui était d’une intelligence vive et d’une grande sensibilité, mais aussi d’une ambition énorme et particulièrement sensible à l’adulation, ainsi que d’une confiance sans limite dans sa bonne étoile et dans ses qualités d’intrigant diplomatique, jouait la part de TALLEYRAND (sans se rendre compte que la différence était grande et substantielle entre les deux situations : celle dans laquelle avait œuvré l’évêque d’Autun avec NAPOLEON et celle que lui jouait avec MUSSOLINI). Un ami lui avait donné, pour qu’il s’en rend compte et qu’il y médite, le livre de Duff COOPER sur TALLEYRAND. Il appréciait beaucoup ce rapprochement. Je me rappelle qu’un soir à Palazzo Chigi [le ministère des affaire étrangères italien] BUFFARINI-GUIDI, en rentrant dans sa pièce, dans laquelle je me trouvais aussi, lui dit : ‘Je salut notre TALLEYRAND et Galeazzo [CIANO] lui répondit : ‘Je salut notre FOUCHÉ ‘. C’était des mots farceurs qui toutefois renfermaient au même temps quelque chose de vrai et de tragique« .

The body of Galeazzo Ciano executed after the trial of the fascist on January 11, 1944 in Verona, Italy.

                             Le corps de Galeazzo CIANO après son exécution.

« Quelque chose de vrai », c’est peut-être discutable ; mais tragique, oui… Car ils mourront tous les deux violemment : Galeazzo CIANO condamné à mort par un tribunal fasciste et fusillé le 11 janvier 1944, pour avoir voté le 25 juillet 1943, lors de la dernière réunion du Gran Consiglio del fascismo, la motion de défiance contre MUSSOLINI qui provoquera sa destitution et son arrestation, et Guido BUFFARINI-GUIDI condamné à mort après la Libération par une Cour d’Assises pour collaboration et fusillé le 10 juillet 1945.

Julien SAPORI