Le congrès de Prague, une défaite diplomatique de Napoléon (1)

Épisode souvent délaissé des historiens, le congrès de Prague, à l’été 1813, a pourtant été le théâtre d’un spectaculaire retournement d’alliance. Jusqu’alors alliée à la France, l’Autriche, sous la baguette de son chancelier Metternich, rejoint au terme de cette conférence la coalition formée par la Russie et la Prusse contre Napoléon, ce qui devait amener à sa première abdication moins d’un an plus tard. Docteur en histoire, Olivier Varlan (l’un des contributeurs du Dictionnaire Fouché), est l’auteur d’un récent article pour la Revue d’histoire diplomatique au sujet du congrès de Prague, dont il invite à réviser l’importance. Pour Radio Prague, il a tout d’abord replacé ce congrès dans son contexte

L’Autriche, puissance médiatrice entre la France                                                          et la coalition russo-prussienne

« Au début de de l’année 1813, Napoléon se retrouve en guerre contre la Russie et la Prusse, pas contre l’Autriche et c’est tout l’objet du congrès de Prague. La Russie est en guerre contre la France dans la continuité de la campagne de 1812. La Prusse, qui était alliée de la France pendant la campagne de 1812, va rentrer en guerre contre Napoléon, mais l’Autriche est toujours officiellement alliée de la France. Donc l’objectif de Napoléon, c’est d’essayer de garder l’Autriche de son côté alors que l’Autriche est déjà en train de préparer son basculement d’alliance, d’essayer de se rapprocher de la Prusse et de la Russie. Tout l’objectif pour l’Autriche et notamment pour son chancelier, Metternich, cela va être d’effectuer ce basculement dans les formes, de façon – on pourrait dire – diplomatique.

Napoléon par Auguste Raffet

Au printemps 1813, Napoléon rentre en campagne contre les armées de la Russie et de la Prusse, avec des troupes qui sont pour partie récemment levées et, contre toute attente, il va remporter des succès contre la Russie et la Prusse. Ce sont de beaux succès mais, contrairement aux batailles précédentes de Napoléon, ce ne sont pas des succès décisifs. Napoléon va donc décider – c’est quelque chose qui a été très débattu chez les historiens, notamment parmi les historiens du XIXe siècle, dont beaucoup ont considéré que c’était une erreur –, il va décider de signer un armistice avec la Russie et la Prusse, afin de reconstituer ses forces et de se préparer à une future bataille vraiment décisive.

C’est là que va naître l’idée d’un congrès de paix qui va être en quelque sorte associés à cet armistice et qui va être organisé à l’initiative de l’Autriche. Concernant cette organisation, l’Autriche décide de se poser à cette époque en puissance médiatrice. C’est quelque chose qui va rendre Napoléon complètement furieux, puisque théoriquement l’Autriche était son alliée. L’Autriche se positionne entre d’un côté la France et de l’autre la Russie et la Prusse, avec l’objectif d’essayer de se mettre d’accord pour organiser une paix continentale. Donc c’est cela le contexte de la négociation qui va s’ouvrir à Prague à l’été 1813 ».

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