Rendez-vous de l’Histoire

Vendredi 11 octobre 2019, Julien Sapori a été invité aux « Rendez-vous de l’l’Histoire » de Blois. C’est le plus important salon du livre d’Histoire de France : 1.000 invités, 45.000 visiteurs ! Stéphane Bern n’était pas loin  du stand de notre éditeur, Sutton, gêné par une poussière dans l’oeil (n’y voyez aucune allusion, c’est la pure vérité), mais, comme d’habitude, très sympathique. Comme vous pouvez le constater, le « Dictionnaire Fouché » était bien en vue devant moi.

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Antoine de saint-Exupéry et Fribourg

L’historien Alain-Jacques Tornare, contributeur du « Dictionnaire Fouché » participera à un vernissage/conférence/exposition samedi 5 octobre 2019 à 15h30 à Fribourg ; il expliquera comment cette ville a préservé la vie du futur auteur du  » Prince ».

Et si le Petit Prince, universellement connu, devait une part de son existence à la ville de Fribourg ? Son créateur, Antoine de saint-Exupéry, aurait pu s’envoler vers l’Eternité, non pas après avoir donné à l’Humanité l’essentiel de son œuvre en 1944, mais avant même d’en avoir esquissé le moindre trait de plume, en s’engageant prématurément, comme tant d’anonymes et de génies en herbe fauchés par la Première Guerre mondiale.

En automne 1915, le jeune Tonio gagne l’école de la Villa saint-Jean de Fribourg où il séjourne durant deux ans. Sur les bords de la libre sarine, havre de paix dans l’œil du cyclone européen, il prend quelques saisons le temps de se poser avant les grands chambardements de l’existence, sans se faire happer par l’atmosphère délétère de la Grande Guerre. À Fribourg, l’enfant qu’était resté saint-Exupéry a pu jouer d’enchanteresses prolongations et jouir, encore un peu du temps précieux des joies épanouissantes de la jeunesse. de tous les collèges fréquentés, l’établissement situé à la confluence des cultures latine et germanique est le seul dont il garda un bon souvenir et qu’il mention- nera dans ses écrits, le seul où il retournera plus tard en pèlerinage, à la Villa saint-Jean formant un promontoire surplombant de ses falaises de soixante mètres le lit sinueux de la sarine, celui que l’on surnomme « Pique-la-lune » se retrouve comme en apesanteur au-dessus de la grande cohue d’hommes. On le sent déjà attiré par la recherche perpétuelle de cette légèreté qui le mènera plus tard à prendre la plume ou de la hauteur dans les airs pour s’abstraire des lourdeurs du quotidien. l’humanisme enseigné dans la cité des Zaehringen aura permis à cet albatros si maladroit au sol d’échapper à ce qu’il nommait «la machine à emboutir» et nourri son œuvre, comme en témoigne le souffle universel qui remplit les pages de Terre des Hommes. Car c’est ici qu’il parvint à apprivoiser quelques amis qui l’accompagneront sa vie durant. Ainsi, les méandres de la sarine se révèlent être un tournant majeur dans le tour du monde de saint-Exupéry, comme le montre un «survol» de l’œuvre de l’un des plus attachants et bouleversants auteurs français du XXe siècle. sans Fribourg, la guerre l’aurait-il épargné ? Aurions-nous connu le Petit Prince ?

En des temps plus que difficiles, saint-Exupéry tombe sur Fribourg aussi étonnamment que plus tard l’aviateur égaré dans le désert sur le petit bonhomme qui est peut-être celui qu’il a été dans une autre vie, sur une autre planète du côté de la paisible Helvétie épargnée par la guerre. Fribourg a accordé au temps saint-exupérien de suspendre son vol et à Antoine d’entamer le sien dans de très bonnes conditions. Adolescence préservée, rare moment de calme dans une existence tempétueuse que ce soit au-dessus de la Cordillère des Andes ou dans l’intimité de ce qu’il ne trouva jamais vraiment : un foyer. Il fut à Fribourg comme sur un petit nuage qui ne voulait pas pleuvoir.

En route pour Fribourg et mettons nos pas dans ceux de celui qui aima cette ville pétrie d’histoire, au point de convenir que : « Dakar, Port-Etienne, Cap Juby, Casablanca, les 3000 kilomètres de côtes n’ont pas la densité de 20 mètres carrés à Fribourg ».

Alain-Jacques Tornare, historien