Les biographies de Fouché

Un personnage aussi incontournable que Joseph Fouché aurait dû inspirer les historiens. Que non ! Si les pamphlets le concernant sont légion, les biographies sont rares.

Nous avons, dans l’ordre chronologique :

Louis Madelin, Fouché 1759-1820, 1901.

Stefan Zweig,  , 1929.

André Castelot, Fouché – le double jeu, 1990.

Jean Tulard, Joseph Fouché, 1997

Emmanuel De Waresquiel, Fouché – les silences de la pieuvre, 2014.

Il faut mettre à part la biographie de Zweig qui, bien qu’étant absolument remarquable, n’est pas l’ouvrage d’un historien (d’ailleurs l’auteur reconnaît, d’emblée, qu’il s’est référé pour l’essentiel à Madelin, et présente son livre comme « un portrait psychologique »).

Entre la mort de Fouché en 1820 et la biographie de Castelot en 1990, sur un laps de temps de 170 ans (sic !) nous n’en avons donc qu’une seule, véritable biographie : celle de Madelin. Cet historien a été vraiment un précurseur, et a réussi à restituer toute la complexité du personnage, sans tomber dans les facilités de la « légende noire » voir de l’insulte. Extrait : « Si Fouché parut ondoyant et divers, disposé à servir tous les gouvernements et à les trahir, on ne peut pas, à notre sens, dire qu’il n’eut pas dans sa vie un dessein déterminé. […] Ce principe […] c’est le maintien sous les régimes des idées de la Révolution« . Le choix de ce sujet pour sa thèse de doctorat lui a valu les foudres de l’Université qui ne le lui a jamais pardonné, lui refusant l’accès à une carrière universitaire… Car, à l’époque et pendant longtemps, il ne fallait pas montrer de l’intérêt pour un homme à la réputation aussi détestable et sinistre que Joseph Fouché.

Le long silence ayant suivi Madelin a été comblé par Castelot en 1990. Catastrophe ! Ce livre est un agglomérat de dénigrements et de contre-vérités historiques, et se termine par ces mots décrivant Fouché dans sa tombe de Ferrière-en-Brie : « enterré assis dans son étrange cercueil… ». Dans la page précédente, Castelot reprend aussi la légende, totalement fausse, du corbillard renversé par une rafale de vent lors des obsèques. Toutla biographie est à l’avenant. Castelot, longtemps fasciné par les idéaux nazi-fascistes, a totalement manqué d’objectivité avec l’ancien jacobin régicide, utilisant l’Histoire pour régler ses comptes, sans hésiter pour ce faire à recourir au mensonge.

C’est seulement avec Tulard d’abord et De Waresquiel ensuite qu’on revient à l’Histoire sérieuse : donc trois biographies sur deux siècles. Ce n’est pas beaucoup…

Julien Sapori

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