1815 : Quand les Suisses envahissaient la France (2e partie)

Après la bataille de Waterloo et l’abdication de Napoléon, dont ils ont connaissance depuis une bonne semaine, Bachmann  (ci-contre) général en chef des troupes confédérées et le major général de Nicolas-Antoine-Xavier Castella de Berlens (1767-1830), ancien colonel-commandant du 2e régiment suisse d’infanterie sous le Premier Empire, adjoint à l’inspection générale des troupes suisses en France à la Restauration, chef de l’état-major général de l’armée fédérale sous les ordres du général Bachmann et commandant en second de l’armée, entrent en France par Jougne le 5 juillet, sans l’assentiment de la Diète.

Quelque 20 000 Suisses, dont les flancs sont couverts par deux corps autrichiens, pénètrent en Franche-Comté, la fleur au fusil, pour autant qu’il en est un, occuper ou libérer -à choix- la France voisine. Voyons cela d’un peu plus près. Une chose est certaine. Auteurs Suisses et Français se sont peu épanchés sur le sujet [1]. Juste quelques lignes, p. 183, dans l’Histoire de Pontarlier par M. Malfroy, B. Olivier, P. Bichet et J. Guiraud, publié au Cêtre à Besançon en 1979. Le capitaine Patel a également publié 47 pages de « souvenirs des deux invasions de 1814 et 1815 dans la ville et l’arrondissement de Pontarlier, en 1865.

Tout nous semble désagréable dans cette histoire qui voit une Suisse pourtant destiner à rester neutre, débuter une nouvelle ère de son histoire en se lançant à l’assaut de la Grande Nation vaincue, sous la forme d’une bien tardive incursion militaire outre-Jura. L’opération de Franche-Comté, « cette expédition de flibustiers » aux dires de Fleury [2], « ce fut l’opérette après le drame », selon Guillon [3] (ci-contre). Il n’y aura aucun grand fait d’armes dont on pourra se targuer, « l’ennemi » étant à terre . Les troupes progressent laborieusement en cet été où il ne cesse de pleuvoir, contraignant au même moment une certaine Marie Shelley, à écrire du côté de Cologny, son Docteur Frankenstein pour passer le temps. Ils occupent Jougne, Pontarlier, Joux et Saint-Hippolyte. C’est la brigade Girard qui occupe Jougne, tandis qu’une avant-garde pousse jusqu’à Pontarlier. Le château de Joux et Saint-Hippolyte sont ensuite atteints. La réserve générale composée des anciens soldats au service de France revenus de France en avril, organisés en quatre bataillons de ligne à Berthoud, concentrés à Bienne et dans ses environs, et formant 4 bataillons réunis une brigade sous les ordres du colonel Abyberg, fut chargée de la garde du secteur Pontarlier-Morteau. Objet de leur convoitise, le fort de Joux est investi le 7 juillet. Thivol, -qui la veille avait perdu sa mère, morte près de lui, se défendit bec et ongles. Mais, les 17 et 18 juillet, Fauche-Borel, qui avait procuré les fonds pour l’expédition de La Rochefoucauld, se rendit auprès du commandant de Joux et, par l’entremise d’Alexandre Lémare (ci-dessus) ancien professeur et révolutionnaire à Saint-Claude, devenu agent secret de Louis XVIII, l’amena à arborer, dès le 19, le drapeau blanc, sans attendre les ordres du maréchal Jourdan, commandant la division militaire. Les Suisses atteignent la région du Valdahon, d’Ornans et de Salins sans recevoir un coup de fusil, mais dans la crainte constante d’embuscades d’irréguliers français. L’unité la plus avancée est signalée à l’hôpital du Gros-Bois à environ 15 km de Besançon.  Le peu de résistances rencontrées s’explique par l’absence d’armée française à combattre, ce qui réfute l’invocation d’une menace militaire française de ce côté-là de la frontière. De mauvais renseignements sans doute ! La campagne est marquée par des difficultés d’approvisionnement, des mutineries et des pillages dont les Franc-comtois ont gardé un certain temps des souvenirs. De leurs ancêtres partis guerroyer en terre étrangère, nombre de ces Suisses n’avaient retenus que le comportement de soudard sans le panache qui allait avec [4]. Après le départ des Autrichiens, les Suisses occupent Les Rousses. Les dégâts s’élevèrent à 385.679 francs français et Louis XVIII de retour autorisa les communes des Rousses et du Bois-d’Amont à vendre 100 hectares de bois du quart des réserves dans la forêt du Risoux alors encore français. La grande redoute de 1815 -en fait un grand amas de terre- existe toujours aux Rousses.

Alain-Jacques Czouz-Tornare

[1] Parmi les exceptions : Denis Borel, « Troupes neuchâteloises en Franche-Comté en juillet 1815 (Pions minuscules dans une Europe agitée) », Revue Militaire Suisse, 130 (1985), cahier 11.

[2] Fleury, Francs-Comtois et Suisses, Besançon 1865, p. 147.

[3] Guillon, Napoléon et la Suisse, chap. IX, p. 313.

[4] Jules Mathez, Annales du château de Joux et de la seigneurie de ce nom, Pontarlier 1932, p. 386. Archives municipales, Pontarlier, no 11524.

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