Conférence sur l’exil et la mort de Joseph Fouché

Samedi 30 mars, dans le cadre prestigieux de l’ancien couvent Sainte-Marie, à Châlons-en-Champagne (Marne), Julien Sapori a tenu une conférence sur « L’exil et la mort de Joseph Fouché » ; occasion, aussi, de présenter le récent « Dictionnaire Fouché ». La quarantaine de personnes présentes, pour la plupart membres du Souvenir Napoléonien, ont écouté avec attention le conférencier, posant de nombreuses questions, notamment sur les relations de Fouché avec Napoléon, Talleyrand, Murat, Charles Nodier, etc.

À l’issue, tout le monde s’est retrouvé dans un restaurant proche pour déguster un excellent… « poulet Marengo » !

Alfred-François de Moré, comte de Pontgibaud (2)

• Dans la tourmente révolutionnaire…

Dans la première partie, j’ai évoqué la vie sous l’Ancien Régime finissant des époux de Pontgibaub, châtelains auvergnats. La Révolution éclate et ils sont contraints de prendre la fuite en Suisse où, pour échapper à la misère qui les guette, ils se lancent dans le commerce. Albert-François de Pontgibaud dispose incontestablement d’un certain talent puisque rapidement l’entreprise familiale prospère…

Preuve de son importance, c’est Albert-François de Pontgibaud qui, le 21 mars 1789, préside à Clermont-Ferrand l’assemblée des états de la noblesse d’Auvergne. Sont élus pour siéger aux Etats-Généraux à Versailles, le marquis de La Fayette [1], le comte de Canillac [2] et le comte d’Espinchal [3].

Deux ans plus tard, la menace révolutionnaire se précisant, le 20 août 1791 Albert-François, son fils aîné Albert-Victoire et son frère Charles-Albert quittent nuitamment le château et prennent la route de l’émigration, tandis que la comtesse Pontgibaud reste sur place avec le petit Armand-Victoire. En septembre, les trois fugitifs arrivent à Coblence où on est en train de constituer une armée d’émigrés royalistes [4]. Albert-François est nommé colonel et, avec son unité, est agrégé à l’armée Prussienne du duc de Brunswick qui a pour objectif Paris. Après un an de combats stériles et la défaite de Valmy, l’armée des émigrés est licenciée et les deux frères se rendent en Suisse : ils ne reviendront pas dans l’armée de Condé, passant toutefois le flambeau au jeune Albert-Victoire, âgé de 17 ans, qui participera à d’autres combats.

Lausanne à la fin du XVIIIe siècle. De nombreux français fuyant la terreur révolutionnaire y transitèrent. 

Les deux proscrits s’installent à Lausanne où ils sont rejoints en décembre 1792 par la femme d’Albert-François, qui est accompagnée par le cadet Armand-Victoire, âgé de cinq ans, par sa femme de chambre, Julie Portelette, et son musicien, monsieur Leriche. Avant de partir, Victoire a réussi à placer une partie de leurs biens meubles chez des personnes de confiance ; elle amenène avec elle les bijoux de famille et 10.000 francs en éspèces. Peu après, ils sont rejoints par la femme de Charles-Albert, Adélaïde. Dans la ville hélvétique, tout ce monde vit dans les privations et l’angoisse : ils apprennent que les archives de Pontgibault ont été brûlés, que leur château et leurs quatre hôtels à Paris ont été vendus comme biens nationaux et que la dépouille du père César a été déterrée de la chapelle seigneuriale et jetée dans la fosse commune.

En 1794, le comte et la comtesse ne disposent plus que de 40 francs… Comprenant que la mysère est aux portes et qu’ils ne peuvent plus compter que sur leurs forces, ils décident de gagner leur vie par le travail. Toute la troupe s’y met : le musicien, monsieur Leriche, donne des concerts, la comtesse et sa servante Portelette se mettent à broder tandis qu’Albert-François exécute des desseins et se charge surtout de vendre les petits travaux exécutés par le ménage.« Le comte, pour survivre, se fait colporteur […]. Il porte balle dans différents cantons suisses et jusqu’au Tyrol et à la foire de Leipzig, vendant les travaux d’aiguille et de broderie, dont il invente les modèles qui sont cousus  par sa femme et sa domestique » [5]. C’est à l’occasion de ces tournées que, respectueux de l’honorabilité de sa famille, il adopte le nom beaucoup plus discret de « Joseph Labrosse », qu’il conservera par la suite lors de son exil à Trieste.

Caricature de l’armée des émigrés. Dans l’ensemble, son histoire fut un véritable fiasco militaire.

L’affaire familiale se développe rapidement : Albert-François et sa femme viennent prêter la main, et d’autres dames de l’émigration intègrent l’atelier de broderie qui devient une manufacture appréciée. « La manufacture prospérait, aidée de quelques ouvriers nouveaux ; c’était des naufragés, officiers du régiment que mon frère avait commandé, et qu’il avait appelés auprès de lui, en les avertissant qu’ils pourraient vivre honorablement du travail de leurs mains. Les malheurs de Lyon ammenèrent à Lausanne beaucoup de négociants qui avaient sauvé une grande quantité de marchandises » [6]. L’association avec l’homme d’affaires Charles Schwachofer donne un coup de fouet formidable aux activités commerciales de Joseph Labrosse qui, rapidement, devient un homme d’affaires important et estimé. Dans ce pays qui ignore l’existance d’une noblesse, Albert-François obtient la citoyenneté de Lausanne. À partir de 1797, il ouvre des succursales dans d’autres villes suisses mais aussi en Allemagne et en Italie.

Tandis que la situation financière de la famille s’améliore, la situation interne de la France semble aussi se stabiliser. La page de la Terreur étant désormais tournée (grâce notamment au complot contre Robespierre fomenté par Joseph Fouché) un décret de l’an V stipule que les émigrés n’ayant pas encore atteint l’âge de dix ans pourront être réintégrés dans leurs droits civiles. Les époux Pontgibaud décident de profiter de cette aubaine, et envoient leur fils Armand-Victoire chez une tante maternelle, à Paris (par la suite, il sera accueilli par sa grande-mère maternelle). Les procédures aussitôt entamées permettent de lever les séquestres qui pesaient sur les biens non encore vendus – meubles et effets bancaires – le tout au profit de l’enfant qui peut ainsi recouvrir une partie au moins du patrimoine familial (à suivre…).

 Julien Sapori

[1] Gilbert de Motier, marquis de La Fayette (1757-1834) est issu d’une ancienne famille militaire de la noblesse Auvergnate.

[2] Philippe-Claude de Montboissier-Beaufort, comte de Canillac (1712-1797), général, émigre tôt et adhère à l’Armée du Condé, sans toutefois partir au combat en raison de son grand âge. Il meurt en exil à Londres.

[3] Hyppolythe, comte d’Espinchal (1777-1864). Son aïeul Charles-Gaspard avait été condamné à mort par contumace lors des Grands Jours d’Auvergne (1665-1666). Il émigre et intégre l’Armée du Condé. Auteur de Souvenirs militaires 1792/1814, Paris, Ollendorff, 1901.

[4] Ce qu’on appelle l’armée des émigrés était constituée de l' »Armée des princes », qui se disperse après 1792, et l' »Armée de Condé », qui poursuivra les combats contre la France révolutionnaires jusqu’en 1801, à la solde de l’Autriche et d’autres puissances.

[5] Bourdin (Philippe), Mémoires d’ex-, mémoires d’exil : l’émigrante noblesse auvergnate, dans Annales Historiques de la Révolution Française, n° 343, janvier-mars 2006.

[6] De Incontrera (Oscar), Joseph Labrosse…, op.cit., tome 1er, p. 141.

 

Cold case et profilage ADN : Peut-être du nouveau dans l’affaire Sabine Dumont ?

C’est un drame vieux de 32 ans qui n’a toujours pas été élucidé : ce samedi 27 juin 1987, Sabine Dumont (9 ans) disparait à proximité de la gare de Bièvres (Essonne), à une centaine de mètres du domicile familial de la résidence Le Renouveau. Son corps entièrement dénudé, le visage et la chevelure en partie brûlés, est retrouvé le lendemain dans un fossé bordant la RN 118, au lieu-dit Le chat noir, à moins de trois kilomètres au sud de Bièvres. L’enquête établit que Sabine a été violentée avant d’être étranglée par son bourreau…

Depuis plus de trois décennies, les policiers de la DRPJ de Versailles et désormais ceux de l’OCVRP (Office central pour la répression des violences aux personnes), n’ont cessé d’investiguer pour tenter de faire toute la lumière sur cette tragédie.

Ce mercredi 27 mars, de 20 à 21 h, Jacques Pradel (ci-contre) a fait le point sur ce dossier dans le cadre de L’Heure du crime sur RTL, une émission préparée avec Justine Vignaux et Émilien Vinée (photo ci-dessus) et à laquelle Christian Porte (vice-président de la Société d’études Joseph Fouché et son temps, contributeur du Dictionnaire Fouché) a participé, apportant son éclairage puisque ayant suivi cette enquête depuis le premier jour.

Comme à son habitude, Jacques Pradel a donné la parole à des parties prenantes du dossier, à savoir le commissaire Philippe Guichard, « patron » de l’OCRVP, et Me Frank Natali, avocat de Geneviève la maman de Sabine. Deux témoignages particulièrement importants puisqu’après un nouvel examen des scellés, un ADN a été mis au jour. L’exploitation scientifique de cet élément pourrait faire naître un nouvel espoir d’aboutir dans les prochains mois…

Pour écouter l’émission, cliquez sur le lien ci-dessous :

https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/printemps-meurtrier-l-affaire-sabine-dumont-7797296458

 

Alfred-François de Moré, comte de Pontgibaud (1)

Une famille auvergnate de l’Ancien Régime

Joseph Fouché mourut à Trieste le 26 décembre 1820. Il n’était pas le seul français exilé dans cette ville qui avait hébergé deux vagues successives de fugitifs, les royalistes d’abord et les napoléoniens quelques années plus. Un homme les a tous incarnés : Alfred-François de Moré, comte de Pontgibaud (ci-contre), devenu en émigration Joseph Labrosse (1754-1824), qui s’établit durablement à Trieste, y fît fortune et accueillit les vagues successives d’émigrés français qui y échouaient. Son odyssée est quasiment inconnue en France, mais a été étudiée par des historiens triestins, notamment Oscar de Incontrera.

La Société d’Études sur Joseph Fouché et son Temps est à l’origine d’une initiative visant l’installation d’une plaque sur la maison triestine où le duc d’Otrante vécu et mourut, le Palazzo Vicco. Je vous propose donc de découvrir cette ville et ses exilés français en vous retraçant sous forme de « feuilleton » la vie aussi méconnue qu’extraordinaire du comte de Pontgibaud (pardon : du sieur Joseph Labrosse…) dont le chemin croisa à plusieurs reprises celui de Joseph Fouché.

Albert-François de Moré, comte de Pontgibaud nait à Paris le 24 avril 1754 de César de Moré (1703-1788) et Marie Charlotte Julie Irumberry de Salaberry (1732-1769). La famille Moré était une des plus nobles d’Auvergne et son berceau se trouvait autrefois au château de Serverette (Lozère). Le 21 mars 1756, les parents d’Albert-François acquièrent la seigneurie et le comté de Pontgibaud (Puy-de-Dôme) dont le château moyenâgeux subsiste encore de nos jours. À la suite de cette acquisition, César de Moré est élevé par Louis XV au titre de comte de Pontgibaud, avec prérogatives de haute, moyenne et basse justice sur vingt-deux paroisses, bourgs et villages.

Ancien collège des Oratoriens de Juilly (Seine-et-Marne), où Alfred-François de Pontgibaud fît ses études (et où Joseph Fouché enseigna). Actuellement il est à l’abandon et dans un état lamentable ; peut-être un futur chantier pour Stefan Bern…?

La vie du comte et de la comtesse se poursuit selon un rythme ancestral que leur fils Charles-Albert de Moré décrit dans ses mémoires avec des accents romantiques : « Personne ne connaissait dans le pays les droits de l’homme, mais tous connaissaient et pratiquaient les devoirs de la reconnaissance et du respect. Il est de fait que quand ma mère sortait, les femmes et les enfants se mettaient à genoux, bénissant le ciel et leur dame ; les hommes et jusqu’aux vieillards ôtaient leurs bonnets du plus loin qu’ils voyaient venir leurs seigneurs, et on sonnait les cloches. Quel mal y avait-il à cette réciprocité de protection et d’amour, était-ce autre chose que des enfants qui honoraient leur père et leur mère ?». Cette vision sans doute trop idyllique est battue en brèche par des études récentes, qui signalent l’existence de tensions locales entre la population et les seigneurs de Pontgibaud, soucieux de consolider leur domination dans le cadre de ce qu’on appellera la « réaction aristocratique ». L’historienne Amandine Fauchon souligne que « la réaffirmation [par les comtes de Pontgibaud] des droits attachés à leurs nouvelles terres en est un outil privilégié », et qui se manifeste notamment par des litiges concernant les limites des propriétés, la réactivation du péage sur un pont ou encore des droits sur la halle aux grains.

De l’union entre César et Marie Charlotte naissent trois enfants : Charlotte Hermine (1752-1773), Albert-François (1754-1824) et Charles-Albert de Moré (1758-1837). J’évoquerai plus loin ce dernier, un personnage aussi fantasque qu’intéressant, situé aux antipodes de la personnalité de son frère qu’il décrit comme « l’homme du monde le plus réfléchi, le plus calme, le moins aventureux par caractère ».

Ancienne caserne des Mousquetaires noirs, actuellement au 26 rue de Charenton à Paris 12°. Le jeune Alfred-François de Pontgibaud servit dans cette prestigieuse unité jusqu’à la dissolution du corps en 1775, pour des raisons d’économie.

Albert-François fait ses études au collège des Oratoriens de Juilly, près de Meaux (où Joseph Fouché enseignera quelques années plus tard !). À l’âge de 14 ans, il intègre la deuxième compagnie « noire » des mousquetaires du Roi, casernée rue de Charenton à Paris, placée sous les ordres du comte de Montboissier. Le 30 septembre 1773 il se marie à l’église Sainte-Marguerite de Paris avec Jeanne Jacqueline Victoire Pecquet de Champloys, née à Paris le 31 octobre 1755, fille d’Antoine François de Champloys, chevalier, conseiller du roi dans son conseil, grand maître des Eaux et Forêts de France, et de Marie Victoire Nigot de Saint-Sauveur. L’épouse apporte en dote une rente de 6.000 livres ainsi qu’une pension à vie de 2.000 livres, don personnel du Roi pour les services rendus par sa famille et celle de son grand-père maternel, le marquis de Saint-Sauveur, président de la Chambres des Comptes de Paris. Victoire est une femme de lettres mais aussi de caractère, et l’historien triestin Oscar de Incontrera écrit à son égard qu’elle « a sans doute un mérite égal à celui de son époux dans la fondation et l’ascension de sa maison, parce que depuis le début elle soutenait toute seule la correspondance d’affaires ». Le couple aura trois enfants : Albert-Victoire, né à Paris le 29 mars 1776, mort à Milan le 31 août 1806 ; Alexandre-Dominique, né à Paris le 29 avril 1778, mort enfant ; et Armand-Victoire, né à Paris le 12 août 1786, mort à Fontainebleau le 23 janvier 1855, qui sera le continuateur de la famille et du titre.

Le château des comtes de Pontgibaub, en Auvergne. Classé monument historique, il est toujours habité par les descendants de « Joseph Labrosse ».

Les époux Pontgibaud fréquentent le tout Paris et même la cour de Versailles, où ils lient de nombreuses connaissances qu’ils retrouveront, souvent, en émigration. En 1775 le corps des mousquetaires étant supprimé, Albert-François intègre avec le grade de capitaine le régiment de Provence puis, nommé major, le régiment du Dauphin, à Toulon, sous les ordres du colonel Mac Mahon. Suite au décès de son père, il obtient l’autorisation de quitter le régiment et de s’établir dans le château familial de Pontgibaud. Dans ces nouvelles fonctions, secondé par une centaine de vassaux, il déploie une grande activité, perfectionnant avec énergie l’agriculture, créant une filature de coton et un institut de charité, tandis que sa femme se consacre à l’embellissement de la demeure et augmente la bibliothèque qui parvient à compter plusieurs milliers d’ouvrages.

Rien ne semble devoir bouleverser la vie de notre couple de châtelains : pourtant, le tonnerre gronde… (à suivre…).

Julien Sapori

Invité de l’Heure du crime sur RTL

Ce mercredi 27 mars, de 20 h à 21 h, Christian Porte (l’un des contributeurs du Dictionnaire Fouché) sera l’invité de l’Heure du crime de Jacques Pradel sur RTL, consacrée à l’enlèvement et au meurtre de Sabine Dumont (9 ans). Une émission au cours de laquelle interviendront le commissaire Philippe Guichard, « patron » de l’OCRVP, et Me Frank Natali, avocat de la maman de Sabine.

Sabine Dumont. Le 27 juin 1987, Sabine, 9 ans, quitte l’appartement familial de Bièvres (Essonne) vers 17h30 pour aller acheter un tube de gouache chez le libraire du centre-ville, à quelques centaines de mètres de son domicile. Sur le chemin du retour, elle disparait. On retrouve son corps le lendemain, en bordure de la RN 118, à Vauhallan (Essonne). La fillette a subi des violences sexuelles et a été étranglée. Son corps est partiellement calciné.

Douze ans plus tard, en 1999, après un nouvel examen des scellés, un ADN est mis au jour sans résultat à ce jour mais les enquêteurs de l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) n’ont pas renoncé à percer ce mystère criminel 32 ans plus tard…

« Napoléon et les Suisses, d’Ajaccio à Waterloo »

Mardi 26 mars 2019 à 20h15, Alain-Jacques Czouz-Tornare (l’un des contributeurs du Dictionnaire Fouché) évoquera le rôle de Fouché dans la recréation de la Suisse par le Premier Consul en 1803.

Alain-Jacques Czouz-Tornare interviendra dans le cadre de la conférence organisée par le Comité pour les études historiques de la bataille de Waterloo à la salle de conférence du Mémorial 1815 de la Butte du Lion (Route du Lion 1815, 1420 Braine-l’Alleud) sur le thème « Napoléon et les Suisses, d’Ajaccio à Waterloo ».