Dernière minute… dernière minute… dernière minute…

 

C’est fait ! Le Dictionnaire Fouché publié aux Éditions Sutton est disponible depuis aujourd’hui directement auprès de l’éditeur en se connectant à l’adresse suivante :https://www.editions-sutton.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=60332

 

 

Création d’une police municipale à Paris: qu’en aurait pensé Fouché ?

Paris était jusqu’à présent la seule ville française à ne pas disposer de sa propre police municipale. Cette situation était fondée à la fois sur son histoire (les pouvoirs centraux, tous régimes confondus, se méfiant de la « ville des révolutions ») et sur des dispositions administratives faisant du Préfet de Police de la capitale le détenteur des pouvoirs de police reconnus, dans les autres communes françaises, aux maires. Ce particularisme parisien semble devoir disparaître.

Comme ses prédécesseurs, Mme Anne Hidalgo, la maire de Paris, s’était accommodée de cette tradition. En 2016 elle déclarait que « ce serait prendre un risque énorme pour la sécurité des Parisiens, des touristes, de toutes celles et ceux qui fréquentent la métropole, que de s’engager de façon aventureuse dans la création d’une police municipale » (je note les limites et les mystères de la « novlangue » dite « écriture inclusive » qui, si elle concerne « celles et ceux qui fréquentent la capitale », en exclut les « Parisiens »).

Or, Mme Anne Hidalgo vient, brusquement, de changer d’avis annonçant que, finalement, cette police municipale parisienne verra le jour. Ses 3 400 agents disposeront de compétences limitées aux stationnements interdits, aux tapages nocturnes et à la propreté ; pas question, donc, qu’ils s’occupent des domaines régaliens tels que le judiciaire ou le maintien de l’ordre.

Quelle était l’opinion de Joseph Fouché sur les polices municipales ? Dans un courrier écrit le 21 juin 1806 à Napoléon, il écrivait « Les fonctions de Maire doivent être paternelles et circonscrites à tout ce qui est relatif à l’administration : s’il était au même temps chargé de la police, c’est à dire de la surveillance, il l’exécuterait mal. L’expérience a prouvé que celui qui administre est un mauvais contrôleur, soit que les détails de son administration absorbent toute son attention, soit qu’ayant besoin de ménagements, il craigne, en censurant les autres, d’appeler l’attention sur lui-même« . La réflexion me semble d’actualité (sauf en ce qui concerne les fonctions « paternelles » du maire : elles sont devenues, bien évidemment, aussi, « maternelles »…). Sans aller jusqu’à évoquer des complicités calamiteuses, un maire sera toujours tenté de mettre entre parenthèses ses fonctions répressives, par nature impopulaires.

Face à cette problématique (et comme pour tant d’autres…) Fouché avait donc été non seulement particulièrement lucide mais, aussi, précurseur. Les polices municipales, relancées dans la deuxième partie du XIXe siècle, avaient fini par atteindre un tel degré de paupérisation et d’inefficacité que finalement elles seront supprimées par le régime de Vichy. La décision provenait certes d’un régime discrédité, mais a été par la suite confirmée par la 4e puis la 5e République ; on peut considérer qu’elle était, tout simplement, dans le sens de l’Histoire. De nos jours, le balancier de Clio semble pencher autrement…

L’avenir nous dira si la décision de Mme Anne Hidalgo n’interviendra qu’en marge de l’organisation du système sécuritaire français, ou bien s’il en sapera les bases. Quoi qu’il en soit, je crois qu’on peut être certain d’une chose : contrairement à ce qui a été annoncé, cette police municipale parisienne ne restera pas longtemps désarmée. Au premier drame (et il y en aura, malheureusement…) les policiers municipaux de la ville Lumière seront armés.

Julien Sapori