Le Souper : bon appétit !

Ce soir, mercredi 27 septembre, Arté diffuse l’emblématique « Le Souper » d’Édouard Molinaro (1992), d’après la pièce de Jean-Claude Brisville : un film remarquablement construit, parfaitement équilibré, aux dialogues percutants, « un régal de mauvaise foi » qui permettra notamment de rendre hommage au regretté Claude Rich qui nous a quittés récemment…

Claude Rich (qui reçut le César du meilleur acteur pour sa prestation) joue un Talleyrand plus vrai que nature, tandis que Claude Brasseur lui donne la réplique dans le rôle de Fouché, avec une verve colorée incandescente.

Paris, la nuit du 6 juillet 1815… Trois semaines après la défaite de Waterloo et la fuite de l’empereur, le peuple attend avec anxiété de savoir quel sort est réservé au pays… Un carrosse en ville conduit Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, surnommé «  le diable boiteux », et son invité, dont on ne voit que les jambes. Comme le spectateur le devine, il s’agit du ministre de la police : Joseph Fouché que Talleyrand emmène souper chez lui en tête-à-tête. L’enjeu de la rencontre ? L’avenir de la France. Leur situation personnelle est très différente : le second a rallié Louis XVIII depuis plus d’un an, alors que le premier a voté autrefois la mort de Louis XVI et participé aux Cents-jours. Les deux hommes, se comprenant parfaitement sur le fond mais en totale opposition de tempérament comme de caractère, seront tour à tour, voire quasiment en même temps, opposants et compères tout au long de ce festin proposé par l’inventeur de la diplomatie moderne que fut Talleyrand.

Les bons mots fusent à bouche ouverte. C’est un festival où fatalement les sentiments comme l’honnêteté, la franchise, la vérité n’ont pas leur place. N’existent que les rapports de force dans un monde post-napoléonien qui annonce le nôtre. Quand Talleyrand fait signe à son invité de s’asseoir pour souper, la caméra fait un zoom sur le visage de Brasseur-Fouché, le scrutant, le décortiquant, cherchant sa vérité intrinsèque et le spectateur comprend que Fouché mijote ses arguments, ses atouts, prépare ses coups bas, dans le duel sans limite qu’il s’apprête à engager avec l’autre protagoniste de ce souper, Rich-Talleyrand.

Truffé de traits d’esprit, le film vaut également par l’exceptionnelle qualité de ses dialogues, car il est rare de savourer un tel niveau de conversation dans le cinéma d’aujourd’hui. Pour une fois, la richesse de la langue classique utilisée fait honneur à son usager (Jean-Claude Brisville) et au cinéaste qui l’illustre (Édouard Molinaro). Quant à Claude Rich et Claude Brasseur, on devine leur jouissance intérieure à donner vie à leurs personnages !

Ne boudons pas notre plaisir lorsque le petit écran nous régale d’autre chose que de la médiocre ou de l’exécrable télé-réalité…

« Le souper » : À voir absolument ou à revoir !

Christian Porte

 

 

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